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H de la semaine 29

 

 

Recruteriez-vous l’égalité ?

La présidentielle a livré son verdict : à ce stade, tout a été dit des gagnants et des perdants, des surprises et des attentes, des craintes et des joies.

Tout a été dit – et rien ne l’a été. D’où les gens s’expriment, les faits diffèrent ; nous ne parlons pas des opinions, dont on peut comprendre qu’elles varient par nature, mais bien des faits – de l’état de la France, de qui nous sommes, de qui sont les autres, les Européens, les Américains ou les Chinois. 

Un des thèmes récurrents de la campagne, repris en boucle amère par de nombreux candidats, aura consisté à dénoncer l’ultralibéralisme français et celui qui en est tout à la fois l’incarnation et le facteur X, Emmanuel Macron. Comme souvent, la vérité vient des chiffres : avec 56.2%, la France détient le record absolu des dépenses publiques en Europe et dans le monde. Ultralibéral dites-vous ?

La question est plutôt : comment en sommes-nous arrivés là ?

En 2016, à Shanghai, Christine Lagarde mettait en garde les pays du G 20 : "La faiblesse de la croissance mondiale à laquelle s'ajoute la montée des inégalités nourrit un climat politique qui sape l'élan des réformes et pousse les pays à se refermer sur eux-mêmes. Dans un vaste échantillon de pays avancés, les revenus des 10% les plus riches ont progressé de 40% alors que ceux des déciles inférieurs se sont très peu améliorés." Aux Etats-Unis, 70% de la croissance entre 1993 et 2012 a été captée par le Top... 1%. Ainsi, sur les 30 dernières années, les 1% des Américains les plus riches ont connu une croissance "asiatique" de plus de 7% par an tandis que les 99% restants vivaient avec une croissance "française" comprise entre 1 et 1,5%...

C'est à cette aune qu'il faut comprendre l'élection surprise de Donald Trump, le succès du Brexit ou, en France, la présence au second tour de la présidentielle de Marine le Pen. Dans les pays occidentaux, la coupure est de plus en plus nette entre les inclus d'un côté (citadins, diplômés de l’enseignement supérieur, en mouvement) et les exclus de l'autre (sans diplômes, ruraux, à l’arrêt).

En France, où la passion de l'égalité est dévorante, la tension y est encore plus vive. Le dilemme auquel nous nous heurtons ("sur quels principes peut s'organiser une société qui est de plus en plus inégalitaire alors que son idéal démocratique la pousse à l'égalité ?") ne date pas d’aujourd’hui. Daniel Cohen nous rappelle que Tocqueville l’avait déjà pronostiqué en… 1835 : « Quand toutes les prérogatives de naissance et de fortune sont détruites, que toutes les professions sont ouvertes à tous, une carrière immense et aisée semble s’ouvrir devant l’ambition des hommes. Mais c’est là une vue erronée : ils ont détruit les privilèges gênants de quelques uns de leurs semblables, ils rencontrent la concurrence de tous. ». De sorte que « l’égalité, valeur morale noble, débouche sur la concurrence et l’envie » d’abord, sur l’endogamie sociale ensuite. Les diplômés de l’enseignement supérieur se marient en effet entre eux, diplômés d’écoles d’ingénieur et de commerce, médecins, énarques, magistrats et, en bas de l’échelle sociale, les laissés pour compte n’ont d’autre choix que de rester entre eux, privés d’ascenseur social, mis au ban.

Est-ce irrémédiable ? Non ! Cent et mille fois non ! Nous sommes convaincus que sans faire tabula rasa, le déclin peut être endigué, la confiance retrouvée. Sur l’éducation, l’emploi, le capitalisme ou les institutions, des réformes simples, efficaces, courageuses et équitables peuvent et doivent être mises en œuvre par des gens de bonne volonté, unis dans un objectif commun.

Et c’est là tout l’enjeu de cette présidentielle : recruter le président qui mariera durablement l’Egalité à la Liberté et à la Fraternité. 

 
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H de la semaine 28

 

 

En toute confiance...

La DFCG est l’Association Nationale des Directeurs Financiers et de Contrôle de Gestion. Avec elle, nous avons co-fondé et co-organisons le Prix du Directeur Financier de l'Année. 

À la veille du premier tour de la Présidentielle, la DFCG a adressé une lettre aux nouveaux gouvernants sous le titre de « 10 priorités pour redonner confiance aux entreprises ».

L’incipit de la lettre, assez révélateur, recoupe une constante française : à titre individuel, les Français se disent optimistes ; au niveau collectif, ils ne le sont pas.

Marx avait estimé que les deux seuls piliers du capitalisme étaient le capital et le travail. Très tôt, des économistes y ont ajouté un troisième pilier, la confiance. Placée au cœur de la vie économique et sociétale, c’est de fait l’adjuvant indispensable à toutes les réussites capitalistes – et les Etats-Unis, plus qu’aucun autre pays au monde, l'ont démontré depuis des décennies.

La confiance n’est peut-être pas une vertu, mais la mériter en est une. Faire confiance signifie qu’on est fiable et qu’on se fie à ceux qui le sont. C’est une hygiène de vie, un partage, un élan aussi : ne pas faire confiance, c’est la suspicion généralisée, c’est douter de tout et de rien – parce qu’on doute de soi ?

En matière de confiance, les Français détiennent les records les plus… négatifs au monde. Nous sommes le pays qui fait le moins confiance à… la justice, à la presse, aux syndicats, aux partis politiques, à l'école - de manière générale, aux Institutions et à l’Entreprise…. En dehors de toute considération politique, force est de reconnaître que la campagne présidentielle qui s'achève en aura été la parfaite (et malheureuse) illustration : nombreux auront été les candidats qui auront pointé, remis en cause voire accusé les Institutions, celles-là même qu’ils entendent diriger demain…  

Pourquoi ? Parce que la France est un des pays les plus pessimistes au monde en termes de coopération sociale : nous Français pensons que le seul égoïsme préside aux relations interpersonnelles… Selon Yann Algan et Pierre Cahuc, cette défiance dans autrui est à la racine même du malaise français. En s'en remettant de manière (quasi) systématique à l'Etat, les Français renvoient dos à dos le Marché, les syndicats, les "Dirigeants", l'Europe et... l'Autorité publique, qui est sommée d'arbitrer et de régler, sur une base administrative, tous leurs débats, tous leurs états d'âme et l’essentiel de leur avenir.

Qu'en est-il dans nos métiers ?

Recruter est un acte de confiance absolue de la part des entreprises. Confiance dans l'avenir. Confiance dans le fait de con-fier une mission à un cabinet. Confiance dans l'Homme, dans les candidates et les candidats que nous présenterons à nos clients, dans leur capacité à faire bouger leurs lignes et à les faire gagner...

Confiance aussi pour nous chasseurs dans la parole que nous donnent les candidats, et dans leurs actes – et confiance symétrique de ces mêmes candidats dans la parole que nous leur donnons, et dans nos actes.

La confiance se gagne toujours. Elle se mérite donc : elle s’appelle alors engagement. Telle est notre foi chez Hudson, de l’accorder par principe et de la faire fructifier en connaissance de cause. 

 
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H de la semaine 27

 

 

Recruteriez-vous vos échecs ?

 

Charles Pépin a publié, en fin d’année 2016, un petit livre intitulé Les vertus de l’échec. Sa lecture en est rapide, stimulante, fraîche, joyeuse. Le livre fourmille de citations et d’anecdotes, de vues philosophiques simples et profondes. Ce livre est une vraie… réussite.

Pépin propose rien de moins que de porter un regard différent sur l’échec. Surtout en France où il est mal perçu : « Nous y voyons une faiblesse, une faute, et non un gage d’audace et d’expérience » rappelle-t-il. C’est vrai. Lorsque nous rencontrons des candidats, combien nous font part de leurs échecs ? Peu – et moins encore que peu. Ils existent pourtant car ils font partie de toutes les vies, de tous les parcours, au fond de toutes les réussites mais ils sont tus, soigneusement celés sous les plis des CV, comme des tâches qu’on se garde d’avouer : des expériences disparaissent ainsi des parcours, des post-vérités sont relatées, parfois crédibles, souvent emberlificotées, le sujet est soigneusement évité...

Milan Kundera, dans la magnifique Insoutenable légèreté de l’être, rappelle que la terre de l’homme est celle de l’inexpérience : « Tout est vécu tout de suite pour la première fois et sans préparation. Comme si un acteur entrait en scène sans avoir jamais répété. Mais que peut valoir la vie si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? Einmal ist keinmal. Une fois ne compte pas. Une fois n’est jamais. »

Une fois existe pourtant : elle est première, et elle peut être réussite ou échec. L’important, c’est de comprendre, d’apprendre – de réessayer. « Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaye encore. Echoue encore. Echoue mieux » écrivait Beckett. C’est ce que nous expliquons à nos candidats et à nos clients : oui, comme le rappelle Pépin, l’échec permet d’apprendre plus vite (c’est le « test and learn » des Américains), l’échec permet de mieux comprendre, l’échec permet d’affirmer son caractère, l’échec est le meilleur professeur d’humilité, l’échec donne la chance de se réinventer, l’échec nous rassure : c’est ne pas parce qu’on rate qu’on est un raté etc.

De toutes les anecdotes que contient les Vertus de l’échec, notre préférence va à celle qui concerne Miles Davis, le génial musicien de jazz : « Lorsque les musiciens avaient peur de mal faire, Miles Davis entrait parfois dans des colères froides. Il leur rappelait qu’il n’y a de pire erreur que de ne vouloir en commettre aucune. {Il} avait cette formule géniale : « Quand vous jouez une note, seule la suivante vous permettra de dire si elle était juste ou fausse. »  Résumé fulgurant de la sagesse existentialiste de l’échec : il n’existe pas de fausse note dans l’absolu. Le jazzman a la liberté d’en faire une belle dissonance, de la réinsérer dans le mouvement général du morceau, dans l’histoire qu’il raconte, dans le rythme de sa musique. (…) Notre existence est comme un morceau de jazz. Croire que la fausse note existe dans l’absolu, c’est faire comme si le temps n’existait pas. C’est oublier que nous naviguons sur le fleuve du devenir, non dans le ciel des idées éternelles. »

Alors, n’ayez pas peur de recruter vos échecs : ils sont souvent vos premières réussites.

 

Marc Puyoulet, Directeur Général Hudson France

 
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H de la semaine 26

 

 

« Sa manière laborieuse de ne rien dire dans des phrases infinies »...

On croirait entendre au mot près la caricature, virant à la farce, que ressassent les adversaires d'un des candidats, présenté comme favori sans qu’il soit tout à fait avéré qu’il le soit, à l'élection présidentielle. Il n'en est rien. Cette critique acerbe vient de Thomas Hardy, grand écrivain britannique, à propos d’Henry James, immense écrivain américain, entre autres auteur de la Bête dans la Jungle, les Ambassadeurs, la Tour d’Ecrou, Portrait de femme, le Dernier des Valerii ou Daisy Miller...

Henry James a laissé derrière lui une œuvre majeure, pour l’essentiel composée de nouvelles subtiles aux accents psychologiques qui explorent les abîmes de l’âme, les agissements du mal et les soubresauts de la civilisation. Henry James est en tout plus européen qu’américain si l’on considère que le rêve américain est de consacrer un homme neuf, un self-made man, qui laisse derrière lui, telle une vieille peau, un destin oppressant, un passé qu’il récuse ; le Vieux Continent, à l’inverse, continue de négocier avec son passé, ou mieux : avec ses passés, toujours tiraillé entre les idéaux des Anciens Régimes (et leurs héritages) et les valeurs libérales, égalitaires et quasi prométhéennes de la Démocratie.

James l’Européen aime la complexité et la nuance : elles constituent deux des raisons pour lesquelles on lit, afin de mieux décrypter sa vie à travers celle des autres. James décrit le réel comme « une immense toile d’araignée, faite de fils de soie ténus, suspendus dans la chambre de la conscience, et qui retient dans sa trame tous les atomes flottant dans l’air ». Car la grande affaire d’Henry James aura été le secret : « On ne sait jamais le tout de rien » écrivait-il, postulant que le réel est inconnaissable, se dérobant tel un mirage à mesure que nous nous approchons de lui. James a mis tout son génie, sa virtuosité, « sa trompeuse limpidité », dans l’art de ne jamais conclure - Conrad disait de ses livres « qu’ils se terminent comme se termine un épisode de la vie : ils vous laissent avec la sensation que la vie avance encore. »

Une des nouvelles les plus puissantes et les plus connues d’Henry James s’appelle « Un motif dans le tapis ». Le narrateur en est un critique littéraire de deuxième ordre qui se voit confier la tâche de rendre compte du dernier roman d’un grand écrivain, Hugh Vereker (sous lequel il est aisé de reconnaître Henry James), et de formuler, de manière radicale et inédite, où et en quoi réside le génie de son œuvre. Flatté et excité, le narrateur s’attelle à la tâche : son article paraît, il est fin mais insuffisant, lui fait défaut l’essentiel.

Quelque temps après, croisant Vereker, celui-ci lui confie qu’il « a construit toute son œuvre à partir de quelque chose qui a toujours échappé à ses commentateurs. Cette chose, qui n’était pas censée rester invisible, personne ne l’a pourtant jamais vue. » Le récit va donc mettre en scène la (vaine) traque de ce que le narrateur appelle « le motif dans le tapis », ce lieu où, en chaque être (et donc chez Vereker), se niche ce qui l’explique, le résume, le dévore.

Cherchons-nous, dans chaque candidat que nous rencontrons chez Hudson, « ce motif dans le tapis » ? Oui bien sûr car dans notre monde complexe et changeant, où les savoirs naissent et meurent en accéléré, nos métiers d’évaluation, d’accompagnement et de développement consistent plus que jamais à mettre à jour les motivations des candidats, leur moteur secret ou apparent, connu d’eux ou pas – en clair leurs ressorts singuliers qui les feront s’adapter au mieux à des situations en évolution rapide, le plus souvent imprévues, le plus souvent inédites.

Y parvenons-nous toujours ? A la différence d’Henry James, disons que nous essayons systématiquement sinon de « savoir le tout de rien » au moins d’apporter des éclairages pertinents et des réponses concrètes sur les traits de personnalité et les motivations des candidats que nous rencontrons. Ce n’est pas tout… mais c’est beaucoup plus que rien…

 

Marc Puyoulet, Directeur Général Hudson France

 
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H de la semaine 25

 

 

Auriez-vous recruté Nick Carraway ?

En couverture du dernier les Echos week-end, nous avons eu la très heureuse surprise de découvrir Gatsby en la personne de Robert Redford, allongé au bord d’une piscine, sous le titre de La nostalgie Fitzgerald.

Francis Scott Fitzgerald est mort à Hollywood en 1940 : il avait 44 ans. Il était seul, alcoolique, presque oublié. 77 ans plus tard, il est plus vivant que jamais, sinon lui au moins son œuvre, qui n’a pas pris une ride, toujours aussi inspirée, mélancolique et par bien des égards irrésistible. Telle est la magie de l’art au fond : survivre au temps qui passe - et à nous qui passons avec.

Fitzgerald n’a jamais écrit que dans un seul but : séduire une femme, ce fut Zelda, puis y étant parvenu, continuer d'écrire pour la garder, ce à quoi il parvint aussi mais à quel prix, crises de plus en plus graves, problèmes d’argent, de jalousie, démolitions symétriques, désastres en cascades – et à mesure, qui furent folles, fêtes à Montparnasse et au Cap d’Antibes, dans l'entrechoquement des flûtes de champagne, les standards de jazz, les moments de grâce inouïe et les nuits sans fin.

Très tôt, Fitzgerald s’est donné le droit de n'écrire qu'un seul livre, toujours le même : il y raconte la vie d’un jeune homme pauvre qui séduit, au nez et à la barbe de prétendants fortunés, une jeune fille riche et follement belle ; il finit par l’épouser, persuadé que le bonheur lui est désormais acquis - ce qui se révèle faux bien entendu. La folie rôde, qui s’invite à la table de ses hôtes, réclame son dû et ce qui n'était jusqu’alors qu'une fête ininterrompue hoquète soudain, titube, vacille ; le tout s'achève en désintégration. Les livres de Fitzgerald sont des recensions de vies apparemment idylliques soumises à des processus infiniment subtils et implacables de démolition. 

Nick Carraway est le narrateur de Gatsby le magnifique. L'histoire, tout le monde la connaît : un garçon désargenté, Jay Gatsby, s'éprend d'une belle héritière, Daisy. Objet de tous les fantasmes et de toutes les attentions, papillon insaisissable, charmeur et diaphane, elle l'ignore et lui préfère les garçons de son monde, champions universitaires aux manières souples, aux mâchoires carrées, aux parcours déjà écrits. Obsessionnel, résolu à récupérer Daisy, Gatsby fait fortune par des moyens illicites et revient, nimbé de mystère, pour l'emporter ; au moment de toucher au but, le destin l'en empêche et il s'effondre. La grâce infinie de ce livre tient à son narrateur, Nick, et à la prose de Fitzgerald, ondoyante, délicieusement ambiguë, comme ouverte à tous les possibles.

Nick est un des meilleurs recrutements de la littérature. Qu’il soit visible ou invisible, le choix du narrateur par un romancier est déterminant car c’est de lui – de son regard, de son ton, de sa cohérence - que dépendront le sort des personnages et la construction du récit. Dès la première phrase, Nick nous révèle qui il est et la manière, résolument honnête et bienveillante, dont il racontera son histoire : « Dès mon âge le plus tendre et le plus facile à influencer, mon père m’a donné un certain conseil que je n’ai jamais oublié : chaque fois que tu prépares à critiquer quelqu’un m’a-t-il dit, souviens-toi qu’en venant sur terre, tout le monde n’a pas eu la même chance que toi ».

Il en est de même en recrutement, en assessment ou en en coaching. Chez Hudson, nos consultants et nos coachs adoptent toujours la posture de Nick, honnête et bienveillante, compréhensive et aidante : ils n’oublient jamais qui ils sont. Passés au tamis de cette sollicitude objective, les candidats que nous rencontrons ou accompagnons ont tout loisir de se révéler sous leur meilleur jour, comme portés par notre envie qu’ils soient à la hauteur de ce qu’ils sont et de qu’ils méritent d’être.

Et c’est en cela que le choix d’un cabinet – mieux encore : d’un consultant - est tout aussi déterminant pour un client que celui, pour un romancier, de son narrateur. Les histoires qu’on raconte tiennent toujours à celui ou celle – son regard, sa cohérence, sa bienveillance - qui les raconte.

Un dernier mot : des nouvelles inédites de FS Fitzgerald, au titre merveilleux de « Je me tuerais pour vous », viennent d’être publiées. Il n’est pas interdit de se précipiter dessus…

 

Marc Puyoulet, Directeur Général Hudson France

 
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H de la semaine 24

 

 

Ceci est une histoire triste et gaie, une histoire de nos jours, une histoire de tous les jours.

Il y a une semaine, N*** notre chargée de communication nous a remis sa démission. Au même moment, nous lui proposions un CDI, après qu’elle avait été successivement en stage, en apprentissage puis en CDD chez nous. En nous tendant son courrier, elle avait du mal à contenir ses larmes ; en le lisant, nous ne retenions pas les nôtres. Deux ans auparavant, nous avions accueilli une étudiante encore encombrée de savoirs théoriques et de timidité ; allait nous quitter une professionnelle vive, entreprenante et unanimement appréciée. Fugacement, nous avons pensé à la toute fin du Lotus Bleu, quand Tchang se sépare de Tintin : nos cœurs étaient partagés entre la joie qu’elle ait trouvé un emploi à sa mesure et la tristesse qu’elle nous quitte. C’est la vie, pensions-nous un peu bêtement. C’est la vie…

Dans l'Homme à l'étui, Tchekhov nous fait le récit de Belikov. Belikov est un professeur de grec ancien, officiant dans un petit lycée de la Russie profonde, qui a pour particularité de ne jamais sortir sans son parapluie ni ses caoutchoucs, été comme hiver, les jours de pluie comme de temps radieux. « Même sa figure semblait être dans un étui car il la dissimulait toujours dans son col relevé. On observait chez cet homme le désir constant et irrésistible de se mettre à l’abri dans une enveloppe, de se créer un étui qui l’isolât, le protégeât des influences extérieures. (…) La réalité l’irritait, l’effrayait, le tenait en état de perpétuelle alarme. » Pour Belikov, toute surprise est une mauvaise surprise : le mauvais, c’est la surprise. Son goût des langues anciennes ? C’est parce qu’elles ne bougent pas ; mieux : elles ne bougeront jamais plus. Belikov emprisonne ainsi le monde qui l’entoure dans un étui de règles et d’interdits, d’immobilisme et de frilosité, qui préviennent toute contingence, tout surgissement de l’autre, toute forme de vie.

Pourtant, Belikov sait « qu’on ne peut pas être libre et souverain, car la liberté c’est aussi la liberté des autres à échapper à notre contrôle » – et une femme, dont il tombe amoureux, brisera son « étui » et précipitera sa fin.

Aujourd’hui, aucune entreprise à l’instar de Belikov n’a d’étui suffisant pour se protéger de la contingence ou des départs : en dépit des meilleures politiques de rétention, nos collaborateurs sont libres, nos patrons sont libres, nous sommes tous libres de rester ou de partir. « L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les instants » disait Renan. Il en est de même dans les entreprises. Tous nous aimons nos employeurs jusqu’au jour où nous considérons qu'ils ne nous apportent plus ce que nous attendons ou ce que nous espérons, ce qui nous nourrit ou ce qui nous construit, ce qui nous donne de la fierté, du sens, du plaisir ou de la matière.

N*** s’est construite chez nous ; demain, elle se construira ailleurs ; de tout notre cœur, nous lui souhaitons le meilleur…

 

Marc Puyoulet, Directeur Général Hudson France

 
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H de la semaine 23

 

 

Et si on recrutait de nouveau de (vrais) hobbies ?...

Vous avez vu ? Ils désertent de plus en plus les CV… En même temps que les adresses, les dates de naissance ou les prénoms… Ils disparaissent... De quoi parlons-nous ? Des hobbies, des centres d’intérêt, des loisirs…

Autrefois, ils se tenaient en fin de page, rejetés là par l’expérience professionnelle qui squattait la quasi-totalité de l’espace existant. Discrets, à peine quelques lignes, souvent moins encore : quelques mots, tel un café à la fin d’un repas, ils savaient, à leur manière, raconter un bout de l'histoire des candidats. Aujourd’hui, la plupart d'entre eux n’en font plus mention. Ils les jugent déplacés ou inutiles ou insuffisamment différenciants. Ils les snobent.

Il faut dire aussi que c’était toujours un peu la même histoire, les hobbies.

Au premier rang, figuraient les voyages. À quelle surenchère assistions-nous ! C’était à celles et ceux qui avaient le plus voyagé, souvent dans les conditions les plus extrêmes, les plus décoiffantes. Les voyages forment la jeunesse ? Forts de ce postulat, ils saturaient les CV, multipliant les destinations, dessinant de nouvelles routes des Indes ou de la soie, des croisières jaunes ou bleues… Après un an dans le métier, n’importe quel chasseur avait réalisé plusieurs tours du monde en n'oubliant aucun pays, duché, comté ou principauté… Et ce en train, 4L, bicyclette, sac à dos, à cheval ou à la rame…

En deuxième place, on retrouvait le sport et les vertus qui l’accompagnent. Ah, la compétition – et ce qu’elle indiquait des caractères et des tempéraments des candidats ! Ah le footing, et mieux encore les marathons, les ultra-trails - et ce qu'ils disaient de leur endurance et de leur goût de l'effort ! Ah les sports collectifs - et ce qu'ils suggéraient de leur esprit d'équipe et de leur solidarité !...

Au troisième rang, dans un plus grand désordre, se hissaient les arts, essentiellement la littérature, la musique ou le cinéma. Là, si quelques mordus avançaient des références pointues et élitaires (Nouvelle Vague côté cinéma, Kiarostami ou Pasolini ; Saint-Simon côté littérature, le réalisme magique ou les écrivains de la Paris Review), la plupart se reposaient sur le classement des livres des hebdomadaires avec M Lévy ou G Musso en têtes de gondole ou sur les succès du box-office...

Tout ça a disparu ou est en train de disparaître. Le regrettons-nous ? Oui. Il nous semble que les loisirs, dont l’espace est paradoxalement plus saturé qu’avant, disaient quelque chose de l’épaisseur de nous-mêmes. De ce que nous sommes, avons voulu être ou serons. Un peu comme un motif dans le tapis qui donne, en creux, un certain sens à l’ensemble.

André Gide avait eu ce beau mot "Je n'aime pas les hommes : j'aime ce qui les dévore". 

Et vous alors, qu’est-ce qui vous dévore ?

 

Marc Puyoulet, Directeur Général Hudson France

 
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Forum Emploi Seniors

 

 

A Compétence Égale est partenaire de la 9ème édition du Forum Emploi Seniors, organisée par le Medef Ile de France qui aura lieu le 16 mars 2016 de 9h à 18h à l'Espace Champerret.

Comme chaque année, Hudson (membre et co-fondateur d'A Compétence Égale) se mobilise et participe activement au Forum Emploi Seniors afin d'accompagner et conseiller les seniors dans leurs démarches (simulation d’entretien, conseil CV, orientation professionnelle, etc.).

Au-delà de la mise en relation des entreprises avec les demandeurs d’emploi, ce forum permet de proposer une activité de conseil, d’information, d’orientation afin d’optimiser la recherche d’emploi. Ainsi, l’association A Compétence Egale et les consultants volontaires offrent un véritable service d’accompagnement individualisé qui permet aux Seniors de bénéficier gratuitement de conseils de professionnels, de développer leur réseau et leur visibilité auprès des cabinets.

PROGRAMME :

  • Entretiens individuels sur RDV pris le jour même : 9h30-13h30 / 14h00-17h30
  • Atelier collectif « Comment optimiser sa recherche d’emploi » à 10h30 / 14h00 / 16h00

Les consultants volontaires d'Hudson sont fiers de s’engager aux côtés d'A Compétence Egale pour cette initiative.

Plus d'informations : 

A Compétence Egale

Nos actions RSE

 

 
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H de la semaine 22

 

 

Doit-on recruter son conjoint ?

 

Non ?!

Telle fut notre réaction le jour où on nous a rapporté l'anecdote : Non, ce n’est pas possible nous sommes-nous exclamés lorsque nous apprîmes qu’une consultante d’Hudson avait soumis son futur époux à une analyse graphologique histoire de s’assurer que le mariage qu'il lui demandait tiendrait le coup...

Il s’agissait d’une de nos meilleures consultantes, peut-être une des meilleures de la place de Paris, qui mettait dans tout ce qu'elle entreprenait une intensité et une rationalité forcenées. Désormais retraitée, mère, grand-mère et toujours… mariée, il semble que l’analyse graphologique, si tant est qu’elle existât, qu’on y crût et qu’elle fût favorable, ait constitué de ce point de vue une heureuse initiative...

Mais quoi ? faut-il conseiller à nos amis, à nos enfants ou à nos proches de faire passer un entretien de recrutement à leurs futurs époux ou épouses, et tant qu’à faire y adjoindre quelques petits tests aux fins de valider leur profil psychologique, leurs valeurs et leurs motivations ? Bref, soyons directs : doit-on recruter sa future femme ou son futur mari ?

Bien sûr que oui diront certains. Ceux là ne croient pas au mariage d'amour. Ils estiment avec Montaigne que pour durer l'amour doit se représenter les conditions de l'amitié. L'amour est un sentiment trop fragile, trop périssable, trop volatil pour songer à construire une vie dessus. Pour eux, rien ne vaut hier : les mariages y étaient d'intérêt ou de raison. Ils se nouaient sur la base de convenances religieuses, sociales ou matérielles : ces conditions remplies, il ne restait plus qu'à s'aimer - ou pas. Alors, pourquoi pas des tests ? Pourquoi ne pas privilégier la tête plutôt que le cœur ? Ça sécurise non ? Et puis, pendant qu'on y est, pourquoi pas un assessment quelques années plus tard (tiens après la naissance des enfants), avec des learning et development centers dans la foulée - et un coaching à la clé ?

Bien sûr que non se récrieront les autres. Ils citent Nicolas Grimaldi : "L'amour est la seule justification de l'existence, sa plus bouleversante intensité, sa presque unique joie, et son constant, son obsédant tourment. Par amour, il n'est rien de si précieux qu'on n'accepte de perdre, ni si absurde péril auquel on ne s'expose. L'amour ne compare rien, ne mesure rien, ne juge rien. Aucune raison ne l'explique et aucune ne le retient. (...) Être aimé, c'est avoir en un autre être son éternité. L'amour se voue à accomplir dans une autre personne l'intensité, la jubilation, l'allégresse, l'émerveillement dont toute solitude nous prive." Rien n'est plus fort ni plus bouleversant que l'amour disent-ils : au nom de quoi s'en priver ? Et par quoi le remplacer ? Des tests ? Vous êtes sérieux ? Non, non, non. À leurs yeux, n'a de valeur profonde que le mariage dont l'amour constitue le seul, unique et ultime test - et qu'importe à ce compte s'il ne dure que 3… 7... ou 20 ans...

Alors ? Alors chez Hudson nous choisissons d'être indécrottablement romantiques. Sans amour, un mariage (si tant est que le mariage constitue une fin en soi !) n'a pas de raison d'être. C'est un été sans soleil, une mer sans eau, une vie sans rire. Dans le cadre privé, les élans du cœur seront toujours mille et une fois plus importants que les échafaudages intellectuels. Foin de tests, foin de raisonnements, vivons, vivons – vivons et aimons ! 

Marc Puyoulet, Directeur Général Hudson France

 
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H de la semaine 21

 

 

Auriez vous recruté le Président de la République ?

Vous ne saurez rien, ici, de nos inclinations politiques, ni de l'opinion que nous nous sommes formés et que nous continuons de nous former, au fil des jours, des candidats à l'élection présidentielle. 

Là n’est pas le sujet. 

Ce qui nous a retenu dans ce billet, c'est l'idée même de recruter un Président de la République : imagine-t-on la France nous consulter pour un tel recrutement ? Imagine-t-on la France, telle qu’on la connait en semeuse lignée sur les timbres, riche de ce qu’elle est et confiante en ce qu’elle veut être, venir à nous et nous remettre une job description ? Vous êtes en droit de vous interroger ; nous aussi. Réfléchissons-y ensemble un instant. 

Dans leur immense majorité, les contrats de chasse qui nous sont confiés s'appuient sur une description de fonction claire, pensée, nourrie. Elle est le reflet exact d’un diagnostic partagé, d’une ambition affichée et, pour la porter, de la définition mûrement réfléchie d’un profil de candidat(e) idéal(e). Une telle méthode est-elle envisageable pour la France en 2017 ?

Non, car la France n’est pas une – elle ne l’a jamais été. En vertu de classifications dont la pertinence satisfaisait l’esprit, elle a longtemps été présentée comme double : parisienne et provinciale, royaliste et républicaine, catholique et athée, conservatrice et révolutionnaire, hospitalière et xénophobe, ancienne et moderne, classique et romantique, de gauche et de de droite, privée et publique, en CDI et précaire… 

Mais vous savez quoi ? Elle ne l’est plus ! Les frontières ont explosé, le complexe s’est invité, les lignes se sont brouillées. La droite, après les travaux de René Rémond, est devenue triple (orléaniste, bonapartiste et légitimiste) ; la gauche, après ceux de Jacques Julliard, quadruple (libérale, jacobine, collectiviste et libertaire) ; l’espace religieux a intégré d’autres religions… ; la province : les villes, les villages, les centres commerciaux… la campagne… ; la France : l’Europe… le monde… ; les citoyens (agissant) ont laissé leur place aux individus (jouissant) ; le travail à de nouvelles formes ; le temps à l’urgence ; l’espace public à la com’…

De sorte qu’il est parfaitement vain d’imaginer une France, seule, rassemblée, indivisible nous confier le recrutement de son Président en vertu d’un contrat clair et explicite.

La vérité est plus que jamais la suivante, dont les primaires à gauche et à droite ont validé l’ambiguë réalité : ce sont les candidats, en fonction de leur programme et de leur personnalité, qui recrutent leur propre France qu’ils essaieront, ensuite, d’élargir et de fédérer. A leur service, de nouveaux modes de communication : les tweets, les vidéos, les réseaux sociaux. Derrière eux : un monde ancien. Devant eux : un monde nouveau.

Mais après tout, n’est-ce pas aussi l’air du temps : des candidats qui recrutent de plus en plus leur propre entreprise ?…

 

Marc Puyoulet, Directeur Général Hudson France

 
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